Histoire de la FTQ Construction

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Enfin de vraies négociations

La Loi oblige désormais une négociation entre la partie syndicale, qui a dégagé un vote majoritaire, et l’association sectorielle d’employeurs. Désormais, du coté patronal, les premiers intéressés doivent se présenter à la table de négociation. La FTQ-Construction demande depuis des années que la loi soit modifiée de cette façon afin d’en éloigner les pseudo-spécialistes qui ont plus d’intérêts à faire traîner les choses, qu’à régler les vrais problèmes rencontrés sur les chantiers. Car en faisant traîner les choses, ce ne sont ni les employeurs, ni les travailleurs qui en bénéficient, mais les administrateurs de conventions collectives bien tapis dans leur bureau à faire des relations du travail théoriques et abstraites. Ce sont les mêmes qui prétendent que la santé et la sécurité du travail ont évolué sur les chantiers alors que le nombre de décès à survenir n’a pas diminué et qui s’opposent à la mise en vigueur des dispositions de la Loi sur la santé et la sécurité du travail pour des motifs purement économiques. Bien sûr, ce ne sont pas eux qui meurent ou se mutilent sur les chantiers, alors… pourquoi s’en faire.

Les conventions collectives se négocient en pleine crise économique. Pire encore que la crise précédente de 1982. Durant quatre ans, de 1993 à 1996, les heures enregistrées tombent à 65 millions xiv et la remontée se fera attendre. Malgré ce dur climat, les négociations cheminent. Mais le climat est morose.

Dix-huit mois de négociations feront accoucher l’industrie de ses premières véritables conventions collectives découlant d’une entente. Sans la pression indue d’une possible intervention gouvernementale, les parties sont condamnées à s’entendre. Le temps alloué à la négociation permet d’en arriver à des résultats intéressants. Dans le secteur du génie civil et voirie, on tente de déjudiciariser l’application de la convention collective en instituant un processus où syndicats et employeurs doivent s’entendre lorsqu’il y a mésentente au sujet d’une disposition du contrat collectif de travail. À défaut d’une telle entente, la Loi s’applique et c’est alors à la Commission de la construction du Québec d’interpréter la convention. Il en est de même dans les secteurs industriel, institutionnel et commercial où cette fois on s’attaque à déjudiciariser les conflits de compétente. Il s’agit ici d’un tournant important en matière de relations du travail. Désormais, les jeux sont clairs et empêchent ceux qui n’avaient pas le courage d’affirmer leur position et qui se cachaient derrière des décisions de l’administration de tenir deux discours. Pour la partie syndicale, c’est une réelle victoire.

Des salaires majorés, le régime d’avantages sociaux sauvegardé, voire même enrichi, et ce, sur toile de fond d’une crise économique, on doit considérer qu’il s’agit d’un bon contrat de travail. Malheureusement, le germe de nombreuses discordes est intégré de bonne foi dans ces conventions. Une ouverture est faite aux employeurs dans le but d’assouplir les horaires de travail. Mais pour l’instant, tout est pour le mieux. Les conventions collectives sont ratifiées et entrent en vigueur le 11 mai 1997.

Mais tout n’est pas terminé, car la convention collective du secteur résidentiel n’est pas signée. L’impasse dans ces négociations, qui a mené à un lock-out de la part de l’association patronale (APCHQ), obligera dans les faits les parties à demander l’intervention d’un tribunal d’arbitrage qui, après de longs travaux, produira une convention collective.

Les conventions collectives, dans l’industrie de la construction, ont ceci de particulier que leur échéance se produit chaque trois ans, et ce, peu importe le temps pris à les négocier. Le temps alloué à la négociation hypothèque d’autant la durée de la convention à venir et avantage les employeurs dans la mesure où chaque jour perdu maintient le statu quo des conditions de travail. De plus, toute clause à effet rétroactive étant illégale, le temps joue en défaveur des salariés. Dans les faits, cela veut dire que les conventions signées le 11 mai 1997 se terminent le 30 avril 1998. À peine terminée, il faut déjà passer à la préparation de la prochaine ronde de négociation.

Mais pendant ce temps…

Les événements se bousculent

C’est alors que vont survenir des transformations majeures dans le paysage syndical. D’abord, un nouveau changement de garde se produit à la FTQ-Construction. Yves Paré, directeur de la Fédération depuis 10 ans se retire. Jocelyn Dupuis, directeur du syndicat des grutiers, section locale 791G, prend la tête de la FTQ-Construction au congrès de novembre 1997.

Les négociations ayant déjà débuté, Yves Paré conserve son poste de porte-parole aux tables de négociations pendant que le nouveau directeur général prend bien en main la structure syndicale et se concentre sur les aspects politiques de son nouveau rôle. Pour cette ronde de négociation, la FTQ-Construction a signé un protocole d’entente avec la CSD-Construction afin de s’assurer d’avoir plus de 50% de représentation, tel que le prévoit la Loi. Le CPQMC (International) n’ayant pu se classer, certains syndicats de cette association iront directement se joindre à la coalition FTQ-Construction-CSD-Construction afin d’être présents à la table de négociation. Les sections locales : 144 des tuyauteurs, 2182 des mécaniciens industriels et 271 des chaudronniers, adhèrent au protocole d’entente précédemment intervenu.

Pendant que la négociation visant le renouvellement des conventions collectives se poursuit, d’autres négociations interviennent entre la FTQ-Construction et le CPQMC-I. Ces négociations visent à créer une nouvelle association représentative formée de ces derniers et qui donnerait aux travailleuses et aux travailleurs de la construction une association syndicale majoritaire. Les négociations débouchent sur la création du Conseil conjoint de la FTQ-Construction et du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) et le congrès de fondation se tient le mardi 17 novembre 1998.

Jean Lavallée prend la présidence du Conseil conjoint de la construction. La FTQ-Construction et le CPQMC-I mettent à la disposition de la nouvelle association représentative leur personnel de direction. Jocelyn Dupuis et Richard Goyette, respectivement directeur général et directeur général adjoint de la FTQ-Construction, assument les mêmes fonctions pour le Conseil conjoint, alors que le CPQMC-I, fait de même en déléguant deux membres de sa direction.

Cependant, dans la pratique, pour faire du Conseil conjoint une association représentative, il est nécessaire de modifier la Loi. Le 19 juin 1999, le gouvernement du Québec sanctionne le projet de loi 25 xvi et reconnaît le Conseil conjoint de la construction à titre d’association représentative en remplacement de la FTQ-Construction et du CPQMC-I.

Les deux négociations qu’entreprendra le Conseil conjoint de la construction dans les années qui suivent sa création sont parmi les grands succès de la nouvelle structure syndicale. La première négociation se termine le 30 septembre 2001 et la suivante, le 22 mars 2004. Pour la première fois dans l’histoire de l’industrie de la construction, une convention collective de travail est renouvelée avant son échéance. Réduction des heures dans le secteur du génie civil, réduction du nombre de jours à œuvrer sur un chantier éloigné avant l’obtention d’un congé périodique, frais de déplacement rationalisés, création d’un fonds d’éducation syndicale, sans oublier des augmentations salariales des plus intéressantes et une majoration de l’ensemble des clauses à portée monétaire. Mais ce qui se révélera le plus important, c’est d’avoir permis de sauver le fonds de retraite des salariés de la construction.

Le fonds de retraite de l’industrie de la construction représente, en 2001, plus de 7,5 milliards de dollars. Or, l’écroulement des marchés financiers, des placements déficitaires de la Caisse de dépôt et de placement a fait chuter le fonds de centaines de millions de dollars. Au 31 décembre 2002, le régime accumule une perte record de 1,2 milliard, le fonds ayant passé de 7,545 à 6,693 milliards. Il est impératif de tout mettre en œuvre pour le sauver. La FTQ-Construction propose dès lors de modifier la convention collective par lettre d’entente afin de pallier au plus pressant et d’empêcher le fonds de crouler. Malheureusement cet appel ne sera pas reçu. En conséquence, lorsque les négociations débutent, en 2004, rien ne va plus. Les parties réussiront cependant non seulement à sauver le régime de retraite, mais à l’améliorer et à le solidifier en garantissant pour l’avenir un régime plus rentable et sécurisé.

Les grandes luttes de la FTQ-Construction au sein du Conseil conjoint de la construction.

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