Histoire de la FTQ Construction

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Un gouvernement nationaliste
et social démocrate au pouvoir

Dans la soirée du 15 novembre 1976, la radio de Radio-Canada, fait entendre sa traditionnelle annonce des soirs d’élections :

Radio-Canada prévoit, si la tendance persiste, que le prochain gouvernement du Québec sera un gouvernement majoritaire du Parti québécois. Cette annonce est faite à huit heures quarante et une minutes. Je répète, Radio-Canada prévoit, si la tendance persiste… vii

Le Québec porte au pouvoir le Parti québécois. Dans ce que nous appelons aujourd’hui son premier mandat, ce gouvernement, dont René Lévesque a pris la tête, procède à une seconde «Révolution tranquille».Modifications aux lois du travail, dont l’inclusion dans le Code du travail des mesures anti-briseurs de grève, introduction de la formule Rand, modifications portant sur le processus d’accréditation, etc. Il procède aussi à l’adoption de diverses lois du travail où à incidence sur les milieux de travail, dont la Loi sur les normes minimales du travail, la Loi sur la santé et la sécurité du travail, la Charte de la langue française qui consacre le français comme langue de travail. Enfin, l’adoption de d’autres lois sociales qui, sans être spécifiquement liées au travail, ont une large incidence sur la population, dont : la Loi sur l’assurance-automobile et la Loi sur le zonage agricole.

Ces lois n’ont cessé d’être attaqué ou mis à mal au cours des ans. Le champ d’application de la Loi de la construction ne cesse d’être réduit sous de faux prétextes économiques. Les dispositions de la Charte sont constamment attaquées devant les tribunaux et la Cour suprême du Canada est à la vider complètement de son sens. Les articles de la Loi sur la santé et la sécurité du travail portant sur les chantier de construction ne sont toujours pas en vigueur 26 ans après leurs adoptions en raison d’un manque de courage évident des pouvoirs politiques. Tant qu’aux victimes de lésions professionnelles, ils ont vu la législation être modifiée de nombreuse fois et ce, toujours en leur défaveur.

Mais la FTQ-Construction ne lâche pas prise. D’ailleurs sans les incessantes luttes qu’elle mène la réalité serait beaucoup plus noire. En fournissant un appuie a ses syndicats affiliés, en mettant à la déposition des représentants des services spécialisés, elle parvient à surmonter toutes les difficultés et rendre coup pour coup.

De plus, bien que ce gouvernement se soit fait élire sur le thème de se vouloir «un bon gouvernement» il n’en demeure pas moins qu’il est nationaliste et vise à faire du Québec un état souverain. Au sein de ce qui est à l’époque la FTQ-Construction ces mêmes débats animent les membres. Les directions syndicales sont prêtes à assumer l’ensemble des pouvoirs politiques qui leur échoit par la volonté populaire de leurs membres.

L’histoire est en marche.

Naissance de la FTQ-Construction

Le 4 décembre 1980, le gouvernement du Québec sanctionne la Loi modifiant la Loi sur les relations du travail dans l’industrie de la construction et concernant la représentativité de certaines associations représentatives (L.Q., 1980 c. 23).

Cette Loi reconnaît deux nouvelles associations représentatives que sont le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) et la FTQ-Construction. Dans le cadre de cette Loi, chaque syndicat affilié doit décider s’il désire joindre les rangs de la FTQ-Construction ou ceux du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) (CPQMC-I).

Nous croyons que c’est à tort que l’on interprète que seule la FTQ-Construction, telle que nous la connaissons aujourd’hui est apparue à ce moment. Plusieurs éléments militent en faveur de cette théorie.

Comme nous avons pu le constater, les actions, maintes fois entreprises par les syndicats de la construction avant le 4 décembre 1980, étaient intégrées dans le cadre de luttes qui transcendaient le seul secteur de la construction. L’appartenance des syndicats de la construction à la FTQ n’est pas à démontrer. Nous avons vu que la FTQ-Construction de l’époque participe à toutes les instances et le directeur général de la FTQ-Construction (Conseil provincial du Québec des métiers de la construction) siège à titre de vice-président de la FTQ. Les syndicats affiliés participent à l’ensemble des instances politiques de la centrale. De manière générale, on ne peut contester que cette FTQ-Construction et Conseil des métiers sont affiliés à la FTQ.

Le problème vient du fait que les syndicats affiliés à ce Conseil de métier FTQ ont une double affiliation, l’une à la FTQ, l’autre aux unions internationales. Certains syndicats désirent une simple affiliation à la FTQ, d’autres une simple affiliation à leur union internationale et enfin un troisième groupe désire conserver une affiliation à la FTQ et à son union internationale. Or, que se passe-t-il au moment de la rupture? Tout simplement que chaque syddicat affilié à cette association représentative doit choisir d’adhérer à l’une des deux nouvelles associations représentatives. Mais avant d’aller plus avant, voyons les événements qui ont mené à cette rupture.

Nous avons vu précédemment qu’au début des années 1970, plusieurs syndicats québécois se forment dans l’industrie de la construction. Il s’ensuit une guerre permanente entre le syndicat national et le syndicat international au sein du Conseil des métiers FTQ. Ce Conseil vit aussi la même division que vit la population en général sur la question nationale. Ainsi, les syndicats nationalistes sont principalement « FTQuiste » alors que les syndicats internationaux se retrouvent plus aisément dans l’idéologie fédérale. De plus, les syndicats près de la FTQ adhérent plus facilement à des valeurs sociales-démocrates alors que les syndicats internationaux sont plutôt imprégnés de conservatisme et farouchement corporatistes. À l’aube des années 1980, le Conseil des métiers FTQ-Construction est en «rupture idéologique». Dans les deux camps, on ne partage ni les mêmes objectifs, ni les mêmes valeurs.

C’est dans ce contexte qu’en octobre 1979, lors du congrès des métiers de la construction (Building Trades) tenu à San Diego, en Californie, qu’un syndicat affilié au Conseil des métiers FTQ-Construction fait parvenir une résolution demandant au Building Trades d’exclure d’un Conseil de métiers tout syndicat non affilié à un syndicat international. Le directeur général du Conseil des métiers FTQ, Maurice Pouliot, et son président, Guy Dumoulin, en contravention de toute règle démocratique puisqu’ils n’ont aucun mandat du Conseil des métiers FTQ d’agir de la sorte, demandent au congrès de disposer favorablement de cette résolution. Dans les faits, le Conseil des métiers FTQ se voit dans l’obligation d’expulser de ses rangs la Fraternité inter-provinciale des ouvriers en électricité (FIPOE) et le syndicat des monteurs de ligne qui pour sa part détient une charte émise directement par le Conseil du travail du Canada.

En janvier 1980, des décisions importantes doivent être prises. Le Conseil des métiers FTQ-Construction en état de crise ne tient plus d’assemblée. Si le président va au vote, c’est le désaveu et il le sait. Le Conseil doit aussi tenir son congrès en 1980. Doit-on forcer le Conseil à tenir son assemblée statutaire? Doit-on forcer le congrès? Doit-on former une nouvelle association représentative? Chacun des arguments est pesé et sous pesé. Finalement, on procède à demander au gouvernement d’amender la Loi et de reconnaître d’une part la FTQ-Construction et d’autre part le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International).

Avec l’aide de la FTQ et plus particulièrement de Louis Laberge, Robert Dean du syndicat des Travailleurs canadiens de l’automobile viii et Jean Guérin Lajoie du syndicat des métallos, la FTQ-Construction obtient du gouvernement de modifier la Loi sur les relations du travail dans l’industrie de la construction afin de solutionner l’impasse dans laquelle se retrouvent les syndicats de la construction. Pierre Marois, alors ministre du Travail, présente un projet de loi devant mener à la reconnaissance des deux associations représentatives et décrète qu’un vote doit se tenir syndicat par syndicat de manière à ce que chacun d’entre eux soit en mesure de déterminer son affiliation soit au Conseil, soit à la FTQ. Le vote se tient entre le 23 février et le 8 mars 1981.

Entre-temps, la FTQ-Construction trouve un allié de premier plan en la personne de Denis McDermott, le président du CTC. La lutte qui s’ouvre entre les unions internationales et les sections locales autonomistes va obliger les décideurs syndicaux à faire les choix qui s’imposent. Mais ces choix ne sont pas toujours faciles dans la mesure où la réalité syndicale n’est pas la même sur l’ensemble du territoire canadien. Or, en suspendant le «Building Trades», le CTC prend clairement position en faveur de cette réalité qui se veut propre au Québec. Mais dans les faits, elle n’est pas uniquement le propre du Québec. Elle chemine aussi dans le reste du Canada à la différence que dans le reste du pays, elle voyage plus lentement. Mais là aussi, les syndicats du bâtiment connaîtront d’importantes crises.

La FTQ-Construction n’avait pas attendu l’échéance pour se structurer. En 1980, un nouveau comité exécutif est formé et le 19 novembre, la FTQ-Construction tient la première assemblée mensuelle des directeurs et représentants. Durant les mois qui vont suivre, la nouvelle direction de la FTQ-Construction, Jean-Paul Rivard en tête, s’active à la préparation de ce premier vote déterminant, non seulement pour la FTQ-Construction, mais du mouvement syndical en général, car la naissance de la FTQ-Construction procède de deux conditions : l’autonomie politique et la volonté de faire évoluer le syndicalisme dans la construction.

Il faut aussi prévoir à plus long terme, car après le vote de ce début d’année qui départage l’appartenance de chacune des sections locales, il faut aussi prendre en considération qu’à l’automne 1981 se tiendra la campagne de «maraudage» pour l’ensemble des travailleuses et des travailleurs de la construction.

Au soir des résultats du premier vote, la FTQ-Construction représente encore 72,1% des travailleurs de l’ancienne association et le CPQMC-I en représente désormais 27,9%. Cependant, sur le nombre total des travailleurs de la construction, la FTQ-Construction en représente 49,3% alors que le Conseil compte pour 19,1% des adhérents possibles.

Puis en novembre 1981, perd 4% de son «membership ».

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