Histoire de la FTQ Construction

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De la Commission Cliche au
«maraudage» de 1975

Puis, coup de tonnerre dans le ciel de la construction! Dans la foulée du « saccage de la Baie-James », le gouvernement provincial « libéral » met sur pied la commission d’enquête sur les libertés syndicales dans l’industrie de la construction. Au-delà de tout ce qu’on aura pu dire sur la « Commission Cliche », ce qui demeure certain, c’est que cette dernière aura permis de museler les syndicats tout en renforçant le pouvoir patronal. Les commissaires n’ont pas osé s’attaquer aux vrais corrupteurs. Au moment où les auditions se terminent, un grand pan de l’enquête n’a pas eu lieu : le gouvernement et les patrons s’en sauvent à bon compte.

Discrédité par les médias, mis au banc de l’opinion publique, parfois même boudé par le milieu syndical que la FTQ-Construction avait pourtant largement aidé, il n’est pas toujours de bon ton pour certains, plus sensibles à leur image qu’à la solidarité, de se montrer avec ceux qui sont devenus des parias. Certains pourtant ne broncheront jamais. Louis Laberge, en tête, demeure fidèle aux syndicats de la construction. Bien sûr, face aux faits mis en évidence, la FTQ et son Président ne peuvent rester insensibles à la situation. Mais Louis Laberge a très bien compris que la Commission Cliche cache autres choses.Il faudra bien le dire publiquement que cette dernière n’a pas mis en lumière toutes les tractations patronales et gouvernementales qui ont procédé à faire du secteur de la construction ce qu’il est devenu en partie. Elle n’a pas véritablement mené à terme ce pourquoi on l’avait mandatée.

Lors du congrès de la FTQ en 1975, c’est de la manière suivante que le président, Louis Laberge, s’adresse aux congressistes :

« Nous reconnaissons qu’il y a eu des abus et qu’un nettoyage, pour ne pas dire un décrottage, était nécessaire. Mais sous prétexte d’éliminer du secteur une poignée de représentants syndicaux aux pratiques inacceptables et condamnables, la commission a tout simplement proposé de briser la force syndicale des travailleurs de la construction. De plus, elle s’est attaquée aux corrompus mais pas du tout aux corrupteurs » v.

Les faits donnent raison à Louis Laberge. Plusieurs recommandations du rapport de la Commission visent à accroître les conditions de santé et de sécurité au travail sur les chantiers. On ne donnera pas suite à l’ensemble des mesures préconisées, ce qui aura pour effet de priver le régime de sst de son principal moteur : la responsabilisation de l’organisation du travail. Or, deux personnages politiques importants font partie du scénario. Des trois commissaires de la Commission d’enquête, l’un est Guy Chevrette. Quant au procureur de la Commission, il s’agit de Me Lucien Bouchard. Comme on le sait, l’un sera ministre et l’autre Premier ministre du Québec. Pourtant, ni l’un ni l’autre, au moment où ils représentent le pouvoir politique, n’auront le courage de mener plus avant leur quête de « démocratie ». 25 ans après l’adoption de la Loi sur la santé et de la sécurité au travail, les dispositions spécifiques au secteur de la construction ne sont toujours pas en vigueur. Pourtant, ces dispositions découlent directement des recommandations de la «Commission Cliche». Quant au règlement sur les conditions de vie sur les chantiers, malgré un rapport unanime patronal et syndical déposé en 1982, les travaileuses et les travailleurs des chantiers éloignés attendent toujours que le gouvernement se préoccupe d’eux. Louis Laberge avait doublement raison.

Par un curieux hasard, ce XIVème congrès de la FTQ porte justement sur la santé et la sécurité au travail. Après un long processus de consultation et de réflexion au sein de la FTQ, le congrès dispose du document « Le contrôle des travailleurs sur leur santé ». La plate-forme de revendications entérinées par le congrès se veut la réponse de la FTQ afin de civiliser les milieux de travail. Dans la construction, on compte une moyenne de 55 décès annuellement. À l’époque, l’industrie de la construction emploie 4% du total de la main-d’œuvre active, elle totalise pourtant 18% des décès. Le tribut est lourd. Les délégués des syndicats de la construction qui participent au congrès appuient massivement les revendications de la FTQ. Ainsi, lorsque Louis Laberge s’adresse au congrès, il est très conscient des questions et des enjeux qui gouvernent l’industrie de la construction. Il l’aura d’ailleurs toujours été.

L’année 1975 voit un autre important événement survenir dans le secteur de la construction. La FTQ-Construction doit faire face à une campagne d’adhésion syndicale. Dans un tel contexte, le gouvernement libéral, toujours aussi «démocratique» quand il s’agit des lois du travail vi, a modifié la Loi sur les relations de travail dans le but évident de priver la FTQ-Construction de sa représentativité et lui faire perdre son rôle de négociateur. Le décompte du vote, afin de déterminer le pourcentage de représentativité d’une association représentative, se fait de manière suivante : on divise le nombre de votes exprimés par le nombre d’électeurs inscrits sur la liste électorale. Il s’agit d’une atteinte délibérée aux principes les plus élémentaires de la démocratie. Mais c’est sans compter sur la solidarité, l’intelligence et la combativité des travailleurs de la construction. À cette occasion, plus de 93 000 travailleurs de la construction exercent leur droit de vote et accordent leur appui à la FTQ-Construction dans l’ordre de 50,5%. Sur le nombre de votes exprimés, la FTQ en récolte 70,4%. Non seulement, les travailleurs sont demeurés au sein de la FTQ, mais cette dernière accroît sa représentativité de 2%.

Les travailleurs de la construction ont compris qu’au-delà de la campagne de dénigrement bien orchestrée par le gouvernement libéral, l’immense majorité des représentants syndicaux et des syndicats de la construction livrent la marchandise. Car les gouvernements auront beau s’acharner à discréditer les syndicats, ceux qui oeuvrent sur les chantiers savent que, pour soulager leur misère, le pouvoir politique ne peut leur offrir que des solutions administratives. Et que peuvent des solutions administratives face à l’insécurité physique, à l’insécurité d’emploi, à l’investissement anarchique qui ne cesse de créer des états de crise dans l’emploi. Et que peuvent donc ces solutions de demi-mesure proposées par ce gouvernement? Ces expédients, soumis aux influences du « copinage » et des « lobbys », que peuvent-ils pour solutionner les véritables préoccupations des travailleurs de la construction? Les travailleurs savent pertinemment que le gouvernement ne ressuscite pas leurs confrères morts, n’accorde pas aux autres, blessés au travail, un traitement équitable, blâme les bureaux de placement syndicaux, mais ne s’occupe pas de créer véritablement de l’emploi. Les 7, 8 et 9 novembre 1975, le gouvernement libéral reçoit une réponse sans équivoque des travailleurs de la construction et, forte de ce mandat populaire, la FTQ-Construction se présente seule à la table de négociation.

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